Le chemin de la moindre résistance

Je vous avais annoncé il y a déjà quelques temps que je m’étais lancé dans un PMBA (voir mon blog dédié à ce projet).  Je vous avais alors promis de vous faire la restitution de certains livres dont le contenu pouvait se rapporter au lean six sigma… Aujourd’hui, avec cet article : je m’en vais tenir ma promesse ! ;-)

path_pf_least_resistanceLa révélation qui fait bloquer…

Je viens juste de terminer la lecture de  « The Path Of Least Resistance » de Robert FRITZ. C’est un livre sur la créativité… Ou plutôt devrais-je dire sur le processus de création. Contrairement aux apparences : ça n’est pas tout à fait la même chose. Donc initialement, cet ouvrage est destiné à apprendre à créer. Au final : je trouve que cet objectif n’est pas atteint. L’auteur reste trop dans le descriptif et a du mal à passer de la présentation des états à une approche pédagogique des actions à mettre en oeuvre pour passer d’un état à l’autre.

Mais pour autant j’ai adoré cet ouvrage. Et j’avoue même que c’est celui qui m’a fait le plus réfléchir, de la quinzaine de livres du PMBA que j’ai déjà parcourus !

Je me rappel de l’année dernière quand j’ai lu « Le But » de Goldratt ; je voyais des goulots d’étranglement partout. Du coup je cherchais des solutions pour réduire les contraintes que je rencontrais. Je me rappel même avoir été bloqué dans un « bouchon » de quelques centaines de mettre. Le goulot :de circonstance était un rond point. Alors j’avais imaginé que pour les jours de grand trafic on pouvait doubler voire tripler le débit avec par exemple un pont qui se déroulerait en un rien de temps. Bref à chaque goulot que je rencontrais : ça gambergeait dans ma petite tête pour trouver comment augmenter le débit de la contrainte. Si je me suis un peu écarté du sujet initial c’est pour appuyer le fait que le concept « du chemin de la moindre résistance » : ça n’est pas rien ! Tout autour de nous répond au concept du chemin de la moindre résistance…!

Une histoire de vaches…

Voici la restitution du tout premier paragraphe de ce livre :

People who come to my native Boston often ask me, « How did they ever design the layout of the road ? » There appears to be recognizable city planning in Boston. The Boston roads were actually formed by utilizing existing cow paths. But how did these cow paths come to be ? The cow moving through the topography tended to move where it was immediately easiest to move. When a cow saw a hill ahead, she did not say herself, « aha! A hill ! I must navigate around it. » Rather she put one foot in front of another, taking whichever step was easiest at that moment, perhaps avoiding a rock or taking the smallest incline. In another words, what determined her beharvior was the structure of the land. Each time cows passed through the same area, it became easier for them to take the same path they taken the last time, because the path became more and more clearly defined. Thus the structure of the land gave rise to the cows’ consistent pattern of beharvior in moving from place to place…

…Once a structure exists, energy moves through that structure by the path of least resistance. In other words, energy moves where it is easiest for it to go.

J’espère que vous avez pris le soin de lire ce passage car tout y est dit. Tout le reste du livre repose sur ce qui est sous-jacent à cette belle histoire…

Je la refait pour les plus fainéant…

Les gens qui viennent voir l’auteur, dans son village natal de Boston, lui demande à chaque fois comment la route a-t-elle été dessinée ? … Il semblerait que la route reprennent l’ancien chemin emprunté par les vaches. Mais comment ce chemin emprunté par les vaches fût dessiné ? Les vaches traçaient leur chemin dans les prés en fonction du terrain. Elles passaient par les endroits les plus accessibles, en évitant les rochers, les pentes trop inclinées…etc. Bref ce qui déterminait le comportement des vaches : c’était la structure du paysage. A chaque fois que les vaches repassaient au même endroit, le chemin deveneit plus accessible que la fois précédente. Ainsi, se formait petit à petit le chemin. Donc c’est la structure du paysage qui a façonné le comportement des vaches… Une fois que la structure est en place, l’énergie qui y circule emprunte le chemin de la moindre résistance… En d’autres terme : l’énergie circule là il est plus aisé d’y circuler.

Du chemin de la moindre résistance au LSS…

Jusqu’ici me direz vous, il n’y a pas grand chose de commun entre le chemin de la moindre résistance et le LSS… !? Et pourtant… Le chemin de la moindre résistance, sans la nommer fait appel à la systémique… Ainsi nous auront beau mener un projet LSS sur un problème : si nous ne prenons pas en considération les chemins de la moindre résistance qui sont empruntés alors nous ne savons pas vraiment ce qui est en jeux. Je vais essayer d’étayer mon propos en balayant le DMAIC et en trouvant des exemples de chemin de la moindre résistance…

Define : La voix du client… Le chemin de la moindre résistance pourrait nous amener à considérer que nous connaissons le besoin du client… Ainsi le chemin de la moindre résistance nous ferait faire l’économie d’une information essentielle dans un projet LSS. Donc attention à ne pas faire l’amalgame entre la carte et le territoire. Lorsque nous considérons une réalité : il est fondamental de prendre conscience que cette réalité s’illustre au prisme de notre perception de celle-ci. Il est donc nécessaire d’aller à la rencontre du client pour lui demander ce qu’il attend plutôt que de le suposer à sa place.

Measure : Au démarrage d’un projet LSS nous devons mesurer la qualité de la mesure. Il s’agit ici de vérifier la fiabilité des enregistrements effectués. Imaginons un opérateur dont la mission consisterait à écarter les produits défectueux. Avec une contrainte de productivité, celui-ci, via le chemin de la moindre résistance, pourrait avoir tendance à écarter un peu trop rapidement des produits non défectueux et inversement intégrer des produits défectueux. Comprendre la notion de chemin de la moindre résistance permet ici de structurer le mode de mesure de tel façon qu’il puisse fournir la meilleur mesure possible.

Analyse : Dans la phase analyse, il conviendrait de percevoir les chemins de la moindre résistance qui entrainent les roots causes.

Improve : C’est dans la phase d’amélioration, qu’à mon sens, le concept de la moindre résistance prend tout son sens. Améliorer le processus en apportant de petites modifications et/ou en ajoutant des contrôles : cela revient à demander aux individus d’emprunter un chemin différent de celui de la moindre résistance. Si, au lieu de modifier la structure du système, on demande aux personnes concernées de modifier leur comportements   les comportements initiaux, en phase avec le chemin de la moindre résistance, reviendront toujours à un moment donné.  Le concept du chemin de la moindre résistance nous invite donc à penser le résultat que nous attendons pour en déduire la structure à mettre en place (qui elle même induira les comportements naturels des acteurs du processus).

Control : Le suivi des indicateurs dans le temps est fondamental pour maintenir le processus sous contrôle. Si ce suivi des indicateurs est contraignant, alors il finira par disparaître. Par exemple : l’écriture des procédures est vraiment quelque chose d’inopportun car à la première modification, la procédure deviendra obsolète. Pour résumé tout outil, dont l’utilisation ne devient pas naturel, doit être évité.

Voilà j’espère que vous aurez perçu l’intérêt du concept du chemin de la moindre résistance… Si vous êtes aussi enthousiaste que moi : voici un lien, ou, devrais-je dire, le chemin de la moindre importance pour commander ce « must have »…  ;-)

Cliquez ici pour retrouver le résumé de ce livre sur le blog d’Olivier « Des livres pour changer de vie » ;-)

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Comments
  • As-tu essayé de lire ce livre : http://www.amazon.ca/War-Art-Through-Creative-Battles/dp/0446691437

    C’est exactement le même style, encore une fois beaucoup descriptif mais il m’a vraiment intensément poussé à réflechir, j’ai trouvé ce livre excellent.

  • Merci pour le conseil…
    Je l’ajoute à ma liste ! ;-)

    Au plaisir.

  • Florent,

    J’ai lu attentivement la relation que tu établis entre le chemin de la moindre résistance et le LSS.

    Si j’ai bien saisi (et je n’en suis pas sur), je vois deux mouvements dans ta réflexion.

    Mouvement 1 : le chemin de la moindre résistance nous ‘enduit’ d’erreur. Dans l’étape DEFINE c’est lui qui nous éloigne de la VOC en nous faisant croire que nous connaissons le client. Pour l’étape Mesure, il est la cause des erreurs de décision (produit bon alors qu’il est défectueux et vice-versa).

    Mouvement 2 : le concept du chemin de la moindre résistance permet d’appréhender une amélioration durable (étape IMPROVE) et sous control. Modifier la structure du processus pour que sa réalisation devienne naturelle et facile.

    Si tels sont tes propos, j’aime bien ton approche : ne pas faire compliquer quand on peut faire simple, tout en gardant à l’esprit qu’il est compliqué de faire simple.

    Sinon, de ce que je comprends du chemin de la moindre résistance, je ferai le parallèle suivant. Le lit des rivières, ruisseaux et autres cours d’eau illustrent parfaitement le chemin de la moindre résistance. Les méandres de la Seine peu avant son estuaire en sont l’exemple typique : l’eau va où il est le plus simple d’aller. Ou plus abruptement : chemin de la moindre résistance / parti du moindre effort = même combat.

    Et c’est là que je ferai le lien avec Six Sigma (et non Lean Six Sigma) : le shift ! Pour les non initiés, il a été mesuré que la variation de tout processus dérive de 1.5 sigma dans le temps. En termes moins techniques, si vous laissez faire, le processus se dégrade tout seul : usure des pièces, perte de savoir faire…
    Prendre systématiquement les chemins de la moindre résistance, c’est s’engoufrer dans les méandres du lit de la Seine et petit à petit créer cette dérive par rapport au lit initial qui était bien droit et rectiligne.

    Je ne sais pas si cette comparaison est convaicante, mais je l’aime bien.

    Si tel est ton propos, bizarrement

  • Merci Damien pour ta participation de qualité ! ;-P

    Oui tu as bien perçu mon propos. Merci de ta reformulation qui j’en suis sûr apportera un éclairage aux autres lecteurs.

    Ton exemple du lit de la rivière est également repris dans le livre…

    Bien vu pour le shift ! ;-)

    Au plaisir de te lire.

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